Je suis une femme fatiguée d’être forte

Je suis une femme forte par mon vécu et ma capacité de résistance tous les jours, depuis longtemps et face aux événements parfois très difficiles.

Mais la vérité, c'est que je suis forte et si fatiguée oui fatiguée d'être si forte ! Epuisée de devoir tout organiser, calculer, anticiper et assumer.

Epuisée de l'abandon, du chagrin et des douleurs endurés avec courage. J'ai le droit de dire que je suis si fatiguée et que je voudrais passer pour la faible et l'impuissante parfois. J'ai le droit de chercher du réconfort moi aussi et de la compassion. J'en ai plus qu'assez de vite m’essuyer les larmes seule comme une grande. Je voudrais bénéficier de ce droit qu’on s’occupe de moi parfois.

J'ai besoin, et je dois le dire sans en avoir honte, d'un appui et d'une épaule sure et forte ! J'ai le droit de craquer et de ne pas avoir à ce qu'on me rappelle que je dois encore et encore tenir le coup. Pourquoi devrais-je toujours résister ? Je voudrais craquer et qu'on vienne me chercher ... Ce que j'ai vécu c'est du lourd et ça a fini pour peser et par être de trop pour mon cœur et corps de femme ! J'endure et j'encaisse et je dois continuer à me battre dans cette vie.

Cette vie qui me résiste et qui insiste à m'épuiser encore et encore... J'en ai râle bol de faire la femme de fer au cœur en béton. Je suis Femme en chair et en os. Mon corps et épuisé et mon âme l'est encore plus! Aussi j'ai le droit de dire que je suis fatiguée d’être blessée chaque fois que j’ai espoir ; et de faire semblant que l'éloignement des gens que j'aime ne m'affecte pas. Epuisée d'être si seule et si solide ; et de devoir constamment être mise au défi et toujours être la personne la plus solide.

Je suis épuisée de porter le poids de mon passé, de mon présent et de mon avenir ; mon poids et celui de mon enfant pour qui je me dois d'être constamment solide. Je suis fatiguée de me retenir de dire que je suis épuisée! J'ai touché le fond plusieurs fois dans ma vie et il a fallu que je me relève mille fois et seule. J'ai connu la douleur à des niveaux que d’autres ne la connaîtront jamais. Et on vient me juger pour me dire de tenir encore le coup! De quel droit vous me jugez? Avez-vous connu la trahison, le deuil, la solitude, la maladie chronique, les crises financières, l'enfant à élever seule ...

Etes vous passés par tous ces chemins obscurs? De quel droit me conseiller de rester encore et encore forte ? Moi, lorsque la vie me laisse tranquille pour quelque temps, je me dois de continuer de surmonter mes propres démons et angoisses parce que je suis devenue tellement anxieuse à force de prendre de sales coups. Je dois tout prévoir pour m'éviter un nouveau... Jamais tranquille et toujours à tout anticiper. Je voudrais tellement baisser les bras et rendre les armes de la femme soldat. Je n'ai pas choisi de l'être et je ne veux plus de ce rôle que la vie m'a délégué!

J'ai été à maintes fois brisée et j'ai recollé mes morceaux mille fois. Je suis obligée d'afficher mon plus beau sourire en face de vous. Vous n'avez pas l'habitude à voir mes larmes donc cela vous gêne de les voir ! Mes larmes rendent les autres mal à l'aise car je me dois d’être l'exemple ; et je n'ai pas le droit de craquer. Je baisse la garde et ne veux plus avoir à nier mes propres sentiments pour toujours être la femme infaillible, prudente, compétente, capable, indépendante et autosuffisante.... Non je ne veux plus lutter et je ne vais plus fuir mon besoin d’être vulnérable ! Je cherche quelqu’un qui peut me retenir et m’épauler… Des blessures, des trahisons, des deuils, des responsabilités, des soucis de tout genre, une maladie chronique... je me suis toujours assumée et je cachais ma peine pour vous sourire ; et résultat une maladie qui a failli m’ôter la vie…

Aujourd’hui je renonce à ce titre car voudrais pleurer quand j'ai envie, avoir mes coups de gueule et être rabats joie comme vous tous! 

Par Sonia Ben Jaballah